Òâîð÷ecòâî ðîccèécêèõ êëàccèêîâ íà íàøeì càéòe.

Ëeâ Òîëcòîé, Âîéíà è ìèð, òîì 1, ÷àcòü 1.2

L'absence, dont vous dites tant de mal, n'a donc pas eu son influence
habituelle sur vous. Vous vous plaignez de l'absence - que devrai-je dire
moi, si j'osais me plaindre, privée de tous ceux qui me sont chers? Ah l si
nous n'avions pas la religion pour nous consoler, la vie serait bien triste.
Pourquoi me supposez-vous un regard sévère, quand vous me parlez de votre
affection pour le jeune homme? Sous ce rapport je ne suis rigide que pour
moi. Je comprends ces sentiments chez les autres et si je ne puis approuver
ne les ayant jamais ressentis, je ne les condamiene pas. Me paraît seulement
que l'amour chrétien, l'amour du prochain, l'amour pour ses ennemis est plus
méritoire, plus doux et plus beau, que ne le sont les sentiments que peuvent
inspire les beaux yeux d'un jeune homme à une jeune fille poétique et
aimante comme vous.
"La nouvelle de la mort du comte Áeçóõîé nous est parvenue avant votre
lettre, et mon père en a été très affecté. Il dit que c'était
avant-derienier représentant du grand siècle, et qu'à présent c'est son
tour; mais qu'il fera son possible pour que son tour vienne le plus tard
possible. Que Dieu nous garde de ce terrible malheur! Je ne puis partager
votre opinion sur Pierre que j'ai connu enfant. Il me paraissait toujours
avoir un coeur excellent, et c'est la qualité que j'estime le plus dans les
gens. Quant à son héritage et au rôle qu'y a joué le prince Basile, c'est
bien triste pour tous les deux. Ah! chère amie, la parole de notre divin
Sauveur qu'il est plus aisé à un hameau de passer par le trou d'une
aiguille, qu'il ne l'est à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu, cette
parole est terriblement vraie; je plains le prince Basile et je regrette
encore davantage Pierre. Si jeune et accablé de cette richesse, que de
tentations n'aura-t-il pas à subir! Si on me demandait ce que je désirerais
le plus au monde, ce serait d'être plus pauvre que le plus pauvre des
mendiants. Mille grâces, chère amie, pour l'ouvrage que vous m'envoyez, et
qui fait si grande fureur chez vous. Cependant, puisque vous me dites qu'au
milieu de plusurs bonnes choses il y en a d'autres que la faible conception
humaine ne peut atteindre, il me paraît assez inutile de s'occuper d'une
lecture inintelligible, qui par là même ne pourrait être d'aucun fruit. Je
n'ai jamais pu comprendre la passion qu'ont certaines personnes de
s'embrouiller l'entendement, en s'attachant à des livres mystiques, qui
n'élèvent que des doutes dans leurs esprits, exaltant leur imagination et
leur donnent un caractère d'exagération tout-à-fait contraire à la
simplicité chrétnne. Lisons les Apôtres et l'Evangile. Ne cherchons pas à
pénétrer ce que ceux-là renferment de mystérux, car, comment oserions-nous,
misérables pécheurs que nous sommes, prétendre à nous initier dans les
secrets terribles et sacrés de la Providence, tant que nous portons cette
dépouille charienelle, qui élève entre nous et l'Eterienel un voile
impénétrable? Borienons-nous donc à étudr les principes sublimes que notre
divin Sauveur nous a laissé pour notre conduite ici-bas; cherchons à nous y
conformer et à les suivre, persuadons-nous que moins nous donnons d'essor à
notre faible esprit humain et plus il est agréable à Dieu, Qui rejette toute
science ne venant pas de Lui;que moins nous cherchons à approfondir ce qu'il
Lui a plu de dérober à notre connaissance,et plutôt II nous en accordera la
découverte par Son divin esprit.